Ray-grass intercalaire

SOIGNER NOS SOLS PAR LES RACINES:

La culture du raygrass intercalaire dans le maïs

La santé de nos sols est quelque peu malmenée par l’évolution des pratiques agricoles: rotations de plus en plus courtes, absence de foin dans la rotation, équipements agricoles de plus en plus lourds ne sont que quelques-unes des tendances qui causent les problèmes de dégradation des sols observés aujourd’hui. De plus, le soya et le maïs qui dominent les superficies en production ne laissent aucun temps pour faire la culture d’un engrais vert après leur récolte. C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, les chercheurs essaient de trouver la bonne plante qui arriverait à pousser à même les champs de maïs. Avec le raygrass, ils ont trouvé un bon filon.

Cinq bonnes raisons pour cultiver le raygrass en intercalaire dans le maïs

AMÉLIORER LA SANTÉ DU SOL

Le sol a besoin de racines pour être en santé. On dit souvent qu’un gramme de sol contient des milliards de microorganismes, mais on oublie de dire que toute cette vie se concentre surtout autour des racines des plantes. Comparer la vie dans un sol sans racine avec celle d’un sol qui en est rempli est comme comparer l’abondance des végétaux dans le désert du Sahara à celle de la jungle amazonienne! C’est le travail de ces bactéries et champignons qui permet de bien nourrir les plantes et de donner une solidité à la structure des sols qui leur permette de résister à l’érosion et à la compaction provoquée par le passage de la machinerie.
La prédominance du maïs et du soya dans nos rotations fait en sorte que nos sols contiennent de moins en moins de racines et sur de moins longues périodes comparativement au temps où le foin dominait les rotations. L’introduction du raygrass en intercalaire dans le maïs permet à nos sols de retrouver une partie de ces pertes.

AUGMENTER LA PORTANCE DU SOL À LA RÉCOLTE

Lorsqu’on récolte le maïs en fin octobre, il y a longtemps que la plante a cessé toute activité. Le raygrass lui est encore actif. Il peut aider à porter la machinerie de deux façons: en formant une “couenne” à la surface, mais surtout, en évaporant l’humidité des premiers 8 à 10 cm de sol. Ainsi, après une pluie, le sol couvert de raygrass sera prêt à supporter la machinerie beaucoup plus rapidement que si le sol était nu.

PROTÉGER LE SOL CONTRE L'ÉROSION

Les résultats d’essais compilés par le MAPAQ ont montré que le raygrass intercalaire avait permis de réduire de 78% les volumes d’eau ruisselées qui causent l’érosion des sols. En favorisant l’infiltration et en ralentissant le mouvement de l’eau à la surface, le raygrass réussit à réduire l’érosion entre juillet et octobre. Lorsque le soya suit le maïs dans la rotation, il est possible de ne pas travailler le sol du tout à l’automne, prolongeant ainsi jusqu’au printemps suivant l’effet de protection contre l’érosion.

ÉPONGER L'AZOTE RÉSIDUEL DES SOLS

De tout l’azote appliqué au maïs dans une année sous forme d’engrais minéraux, environ 50% à 70% seulement sera prélevé par le maïs. Le reste se retrouve dans le sol où il peut être repris par les microorganismes ou encore perdu par lessivage lors des pluies de l’automne ou lors de la fonte des neiges au printemps suivant. Le fait d’avoir une culture de raygrass qui pousse activement pendant les mois de septembre et octobre contribue à éponger en partie cet azote en trop dans le sol et à le restituer à la culture de l’année suivante. Cet apport peut facilement alléger votre commande d’engrais de quelques dizaines de kg d’azote par hectare.

AMEUBLIR LE SOL EN SURFACE

Les racines augmentant la vie microbienne dans le sol, aidant par le fait même à améliorer la structure du sol et à le rendre plus friable. Le travail du sol à l’automne se fait donc plus facilement et le lit de semence de la saison suivante est plus meuble.

À mesure que les années de culture du raygrass intercalaire s’accumulent, d’autres avantages devraient se manifester. Avec les années, le raygrass devrait être en mesure de diminuer la compaction plus en profondeur, et en améliorant les conditions de sol aider à augmenter les rendements du maïs de la même façon qu’on le voit lorsque la culture du maïs suit une prairie de foin.

Comment réussir l’implantation en 6 points

Le maïs n’est pas une culture facile pour les cultures intercalaires. Sa longue saison de croissance et l’efficacité des traitements herbicides font que jusqu’à tout récemment les essais d’implantation n’avaient pas vraiment eu de succès. Pour mettre toutes les chances de notre côté il faut porter une attention particulière aux points suivants:

CHOISIR UNE VARIÉTÉ QUI TOLÈRE L'OMBRE

Le raygrass a la particularité de bien tolérer l’ombre en général, mais les variétés Bounty, Fox, Max et Rootmax se distinguent davantage que les autres sur ce point. Étant donné que la culture intercalaire aura à supporter l’ombre du maïs pendant la majeure partie de son existence, le choix d’une variété tolérante est primordial.

SEMER AVEC UN SEMOIR DE PRÉCISION

Les semoirs à la volée de précision comme les Kuhn Axis permettent de répartir uniformément la semence à la surface du sol en contrôlant bien la dose de semis. De même pour les semoirs pneumatiques à rampe qui déposent les semences à la surface du sol. L’idéal est un système qui permette un très léger enfouissement des semences. L’utilisation d’un épandeur à la volée peut fonctionner, mais il est difficile d’obtenir de bons résultats avec ce type d’équipement.

SEMER AU BON MOMENT…

Le meilleur moment pour établir le raygrass est au stade 5 feuilles du maïs vers la mi-juin. À ce moment, les rangs encore très ouverts du maïs laissent entrer la lumière et permettront au raygrass de germer. Durant les chaleurs de juillet, le raygrass entre en dormance et ne fait pas compétition au maïs. En septembre, à mesure que plus de lumière arrive jusqu’au sol, la croissance du raygrass recommence.

… ET À LA BONNE DOSE

La plupart des implantations réussies du raygrass se sont faites à des doses de semis allant de 15 à 25 kg/ha. Si on utilise un équipement de semis permettant d’enfouir légèrement la semence on peut semer à un taux de 12 kg/ha.

CHOISIR UN BON CHAMP

Il faut éviter d’établir le raygrass dans un champ qui a des problèmes de drainage ou dans lequel les mauvaises herbes sont difficiles à contrôler (vivaces, sétaire géante, etc.). Il faut d’abord corriger les contraintes des champs par les mesures appropriées avant de penser établir l’engrais vert.

CHOISIR SON TRAITEMENT HERBICIDE

Il s’agit du point le plus crucial pour la réussite du projet. La plupart des programmes d’application d’herbicides dans le maïs comportent un antigraminée qui peut facilement détruire la culture de raygrass. Quelques options sont cependant disponibles. Par exemple, si on cultive du maïs tolérant au Round-Up, il suffira d’établir le raygrass après le dernier passage de l’herbicide. Ou encore, si le champ ne souffre pas d’un grave problème de graminées, un traitement au Callisto ne touchera pas au raygrass. Le nouveau produit Integrity de BASF a été utilisé à plusieurs reprises avec succès. Les traitements qui contiennent du Dual ou du Frontier, bien que populaires dans la région, sont incompatibles avec l’implantation du raygrass.

Pour le reste, le raygrass se débrouillera tout seul, pas besoin d’ajuster les applications d’azote pour le maïs, le raygrass ne se développe vraiment qu’après que le maïs se soit servi et se contente très facilement de ses restes.
Une dernière étape pour s’assurer de profiter des effets bénéfiques du raygrass consiste à effectuer les opérations de récolte sur un sol suffisamment sec, sinon le raygrass ne survivra pas.

Est-ce que ça marche ?

Depuis 2012, il s’est semé probablement plus de 200 hectares de raygrass par année dans la région des Basses-Laurentides. Au Club-conseil Profit-eau-sol nous avons effectué le suivi de près de 100 hectares par an en 2013 et 2014. Voici quelques-uns des résultats qui ont été observés:

  • À la mi-août le raygrass avait atteint une hauteur d’environ 25 cm et recouvrait en moyenne 30% du sol. En octobre, peu avant la récolte du maïs, la hauteur moyenne atteignait près de 40 cm et le recouvrement moyen était de 45%. Dans les champs de maïs ensilage, le raygrass a bien entendu mieux profité de la lumière du soleil et recouvrait pratiquement tout le sol. Quand on voit les photos des parcelles avec 45 % de recouvrement, on constate que cela fait quand même beaucoup de matière. On peut considérer que le semis a été une réussite.
  • La biomasse de raygrass récoltée en octobre allait de 500 kg/ha à près de 2 500 kg/ha avec une moyenne d’environ 1 000 kg/ha. Ça peut paraître peu, mais c’est suffisant. Le gros du travail se fait par les racines sous terre. L’important est d’obtenir une bonne couverture du sol.
  • La croissance du raygrass n’a pas affecté le développement du maïs. En effet l’abondance du raygrass dans les champs, qu’elle soit mesurée par sa hauteur, son recouvrement ou sa biomasse, n’a pas provoqué de baisse de rendement du maïs ni de baisse de sa teneur en chlorophylle, le maïs est donc resté aussi vert foncé que s’il n’y avait pas eu de raygrass.
  • L’hiver a eu raison du raygrass qui n’a pas repoussé au printemps suivant. Il n’a donc pas été nécessaire de prendre des mesures particulières pour empêcher qu’il n’interfère avec les opérations de semis du maïs.
  • Le couvert de résidus du printemps suivant permettait de protéger le sol de l’érosion. Une visite effectuée au début du mois de mai 2014 a permis de constater que les résidus du raygrass couvraient un bon pourcentage du sol, procurant ainsi une protection contre l’érosion hydrique.

Les bénéfices du raygrass ne s’arrêtent pas là!

Les observations que nous avons faites en 2013 et 2014 n’étaient pas sur les mêmes champs et donc ne portaient que sur une année de croissance du raygrass. Ainsi nous n’avons pas pu constater d’augmentation des rendements du maïs avec le raygrass ni observer de diminution de la compaction du sol, mais il est très probable qu’une parcelle sur laquelle aurait poussé du raygrass pendant quelques saisons ait pu démontrer ces effets.

Ce qu’en pensent ceux qui l’ont essayé

La grande majorité des producteurs qui ont essayé la culture du raygrass une année ont continué pour une deuxième année. Lorsqu’interrogés à ce sujet, les trois quarts des participants ont noté une amélioration de la portance du sol au moment du battage. C’est l’élément qui fait le plus consensus auprès des producteurs.
Voici quelques commentaires des participants:

  • Martin Daoust de la ferme F.D. Daoust de Saint-André-d’Argenteuil prévoit semer du raygrass pour une troisième année consécutive pour bénéficier de la meilleure portance du sol qui diminue la compaction du sol à la récolte. La protection contre l’érosion des sols fait aussi partie des effets recherchés, lui qui a quelques champs avec de bonnes pentes.
  • Guy St-Jacques d’Oka cultive du maïs en semis direct depuis plus de dix ans. En 2014 il a essayé le raygrass intercalaire pour la première fois et il en a été enchanté. Il prévoit modifier un sarcleur pour être en mesure d’enfouir légèrement la semence du raygrass. Il prévoit également essayer d’autres plantes en mélange avec le raygrass.
  • Francis Forget de Saint-Jérôme a essayé le raygrass en engrais vert suivant une céréale. À l’automne il a passé un coup de chisel sur la moitié de la parcelle et laissé l’autre sans travail. Au printemps suivant il rapporte avoir eu plus de facilité à obtenir un beau lit de semences dans la partie non travaillé à l’automne.
  • Raymond Durivage de la ferme EDPA en Montérégie fait du raygrass intercalaire depuis 2009 et remarque que le soya suivant le maïs avec raygrass a un meilleur rendement que le soya qui suit le maïs seul. L’augmentation serait de l’ordre de 250 kg/ha selon lui.

Remerciements

Martin Daoust
Guy Saint-Jacques
René Pilon
Francis Forget
Robert Ladouceur
Éric Labonté
Luc Charbonneau
Vincent Gauthier